Il y a des destinations qui s’imposent d’elles-mêmes quand on cherche à combiner grand air, petits mollets et dépaysement à portée de train. L’Île de Ré, c’est exactement ça : une île plate comme une main tendue vers l’Atlantique, striée de plus de cent kilomètres de pistes cyclables, ponctuée de villages en pierre blanche et de marais salants à perte de vue.
Sur l’Île de Ré, je vous conseille de partir sur un camping comme base de repli quotidien. Pas besoin de trimbaler tout son barda sur le vélo : on part léger chaque matin, on rentre le soir, on profite. Si vous cherchez où poser les sardines, le meilleur camping de l’Île de Ré offre un emplacement idéal pour rayonner sur toute l’île à vélo — bien placé, bien équipé, et dans une ambiance qui donne envie de s’attarder autour d’un verre après la sortie du jour.
Jour 1 — Arrivée et mise en jambes
On arrive par le pont de l’Île de Ré depuis La Rochelle (17 kilomètres de pont, impressionnant), à pied ou en navette. Le mieux, c’est de louer son vélo sur place — il y a des loueurs dans presque chaque village. Comptez entre 10 et 15 € par jour pour un vélo classique, un peu plus pour un VTT ou un vélo électrique si les jambes sont en vacances elles aussi.
Pour cette première journée, je recommande de rester dans le secteur est de l’île, autour de La Flotte-en-Ré. C’est l’un des plus beaux villages de France (labellisé tel quel), avec son port de pêche, ses ruelles fleuries et ses maisons de granit couvertes de roses trémières. Une dizaine de kilomètres suffit pour faire le tour du coin, s’arrêter au marché couvert si vous y êtes le matin, et tester les huîtres sur le port en guise de repas.
Distance du jour : environ 25 km. Dénivelé : quasi nul. Parfait pour ne pas casser les jambes le premier jour.

Jour 2 — Saint-Martin-de-Ré et les fortifications de Vauban
Saint-Martin est la capitale de l’île, et elle le mérite. Les remparts de Vauban, classés au patrimoine mondial de l’UNESCO, se longent intégralement à vélo — c’est une balade à ne rater sous aucun prétexte. Depuis le camp de base, on rejoint Saint-Martin par la piste côtière nord, qui passe par des zones de marais et des points de vue sur le continent.
Dans la ville, on peut laisser les vélos au niveau des portes et flâner à pied dans les ruelles commerçantes, acheter du sel de l’île ou de la fleur de sel aux producteurs locaux (les marais salants sont une institution ici), et pique-niquer face au port. L’après-midi, retour par l’intérieur des terres pour varier les paysages : on longe les marais salants, on croise des ânes (la mascotte de l’île, on en reparlera), et on rentre tranquillement.
Distance du jour : 40 à 50 km selon les détours. Dénivelé : toujours très raisonnable.
Jour 3 — L’Ouest sauvage : les Portes-en-Ré et le bout du monde
C’est la journée que j’attendais le plus, et elle n’a pas déçu. En pédalant vers l’extrémité ouest de l’île, le paysage change progressivement : les villages se font plus rares, la végétation plus rase, le vent plus présent. Les Portes-en-Ré est le village le plus au nord-ouest, avec son phare des Baleines juste à côté — une montée de 257 marches pour un panorama à 360° sur l’île et l’Atlantique, ça vaut l’effort.
La côte nord entre Saint-Clément et Les Portes est absolument superbe : des dunes, des plages sauvages, des pinèdes. La piste cyclable longe le littoral sur une bonne partie du trajet. On est loin de l’agitation de la côte sud. C’est mon coup de cœur de la semaine.
Distance du jour : 55 à 65 km aller-retour depuis le camp de base, selon le point de départ. Prévoyez un en-cas.
Jour 4 — Ars-en-Ré et les marais salants
Ars-en-Ré, c’est le village à l’église au clocher noir et blanc — ce fameux clocher qui servait autrefois de repère aux marins. C’est aussi l’un des villages les plus pittoresques de l’île, avec ses ruelles étroites impraticables en voiture mais parfaites à vélo. Le marché du mardi matin y est réputé dans toute la Charente-Maritime.
La journée est consacrée à explorer les marais salants qui entourent Ars : des kilomètres de petites levées de terre où l’on pédale doucement, en cherchant les aigrettes et les avocettes dans les vasières. C’est un autre visage de l’île, moins cartoonesque que les roses trémières et les façades blanches, mais tout aussi attachant. Si vous avez le temps, l’après-midi peut se prolonger du côté du Fier d’Ars, une lagune intérieure très photogénique en fin de journée.
Distance du jour : 35 à 45 km. Un rythme plus cool pour ménager les jambes avant le dernier jour.

Jour 5 — Le grand tour de l’île (pour les plus motivés)
Dernier jour, et pour ceux dont les jambes ont bien récupéré grâce aux nuits bien dormies au camp de base, voici le challenge final : le tour complet de l’île. Environ 70 à 80 km selon le tracé exact, entièrement sur pistes ou petites routes. L’Île de Ré est assez compacte pour que ce soit largement faisable dans la journée en partant tôt.
L’idée : alterner côte nord (sauvage, ventée, spectaculaire) et côte sud (plus aménagée, plus animée en été, avec les plages de sable fin entre Rivedoux et La Couarde). On boucle, on s’arrête où l’on veut, on arrive le soir avec cette satisfaction particulière d’avoir fait le tour d’une île à la force des mollets.
Si vous préférez une sortie plus tranquille, c’est aussi la journée idéale pour une dernière flânerie à Saint-Martin, ramener quelques provisions du marché et profiter du camping avant de plier bagage le lendemain matin.
Avant de partir : le camp de base, ça change tout
J’ai appris cette leçon dans le Connemara : quand on fait du vélo en itinérance, la qualité du camp de base conditionne toute l’expérience. Après quelques jours de balades à vélo dans les paysages sauvages d’Irlande, j’avais compris qu’un bon endroit où poser ses affaires — pas juste dormir, mais vraiment souffler, laver ses affaires, recharger les batteries — ça transforme une sortie épuisante en vrai plaisir de voyage.
En bonus : l’Île de Ré comme étape de la Vélodyssée
L’Île de Ré s’inscrit dans un contexte cyclable bien plus large. À moins d’une heure de La Rochelle, elle constitue une parenthèse idéale sur le tracé de la Vélodyssée, l’itinéraire cyclable de référence sur la façade atlantique. Cet axe qui descend de Roscoff jusqu’à Hendaye longe la côte sud-ouest française et offre des conditions de pédalage parmi les plus agréables de l’hexagone — pistes dédiées, dénivelé minimal, paysages changeants. Si vous envisagez un séjour prolongé dans la région, l’île peut devenir le point de départ d’une aventure sur plusieurs jours vers le Médoc ou les Landes.

Quelques conseils pratiques
Quand y aller ? Juin ou septembre sont les meilleures fenêtres : moins de monde que juillet-août, températures douces, pistes cyclables moins encombrées. Les week-ends de mai peuvent aussi être excellents.
Vélo à apporter ou à louer ? Si vous venez en train depuis Paris (environ 3h jusqu’à La Rochelle), louer sur place est souvent plus simple. Les loueurs sont nombreux et le matériel généralement correct.
Les ânes de l’Île de Ré. Oui, les habitants promènent parfois leurs ânes en vélo-cargo ou en charrette. C’est une vraie tradition locale et ça vaut le détour photographique.
Le vent. L’île est ventée, parfois beaucoup. Consultez la météo avant de choisir la direction de votre journée : mieux vaut partir face au vent le matin et l’avoir dans le dos au retour, quand vous serez fatigués.
Cinq jours sur l’Île de Ré à vélo, c’est suffisant pour voir l’essentiel sans se précipiter. C’est une destination qui se savoure lentement, entre deux huîtres et un verre de pineau des Charentes à l’ombre d’un chêne vert. Et avec un bon camp de base, on revient chaque soir content — et pressé de repartir le lendemain matin.
