Interview : faire un volontariat en Asie

Volontariat au Cambodge

Aujourd’hui je vous propose de découvrir l’expérience de Stéphanie qui a fait un volontariat en Inde et revient sur son expérience tout en livrant ses conseils pour se lancer dans l’aventure du bénévolat à l’étranger.

« Peux tu te présenter, nous dire quel âge tu as, ce que tu fais dans la vie, parler de tes voyages passés? « 

Je suis Stéphanie, 33 ans, et je suis passionnée de voyages depuis toujours! Cela doit venir de mon enfance, car nous avons beaucoup déménagé et ne sommes jamais restés au même endroit plus de 3 ans de suite. C’était en France uniquement, mais ça forge une âme de voyageuse!

A 22 ans Je suis partie vivre à Barcelone pendant 2 ans, puis je suis rentrée en France pour m’installer à Paris et poursuivre ma carrière en publicité. A 30 ans, j’ai tout quitté pour découvrir le Cambodge, et en suis tombée folle amoureuse.

Volontariat au Cambodge

Je suis ensuite partie backpacker pendant 4 mois en Asie du Sud-Est, pour ensuite revenir en France et travailler pour économiser et préparer le voyage d’un an et demi que je suis en train de réaliser avec mon compagnon.


« Avais tu l’habitude de voyager avant de commencer à faire du volontariat ? « 

Oui, mais faire du bénévolat s’est assez vite imposé comme une évidence, surtout après mon premier voyage en Asie où j’ai donné de mon temps sans l’avoir prévu: cette première expérience a été une histoire de rencontre.

Je me suis liée d’amitié avec un Cambodgien, qui m’a parlé du projet dans lequel il était bénévole depuis des années, et ça s’est fait, comme ça…

C’est d’ailleurs toujours le cas aujourd’hui, depuis je ne m’engage jamais à l’avance sur des projets, sauf si je les connais déjà. Je fais mes recherches sur place, car comme je voyage sur de longues périodes, j’ai la possibilité de le faire. De plus cela me permet de rencontrer directement les personnes qui font vivre le projet, d’en comprendre les enjeux et de vite savoir si je peux être utile selon mes compétences propres.

Donner de son temps au cours de son voyage est une démarche très différente d’un voyage de découverte touristique pure pour moi. Quand on donne de son temps, de son énergie et qu’on met à profit ses compétences, il ne faut se consacrer qu’à ça. On redevient touriste lorsqu’on quitte sa mission de bénévole.


« Qu’est ce qui t’as poussé à commencer de faire du volontariat? « 

Rien ne m’a vraiment « poussée »: j’ai toujours été investie dans des assos, notamment artistiques où je donnais des cours d’arts graphiques et plastiques en tant que bénévole, des cours destinés à tous les âges. Et puis dès que j’ai commencé à travailler, j’ai soutenu des causes qui me tenaient à coeur en faisant des dons réguliers.

Pour moi, le bénévolat à l’étranger, c’est vraiment une histoire de rencontres, au cours d’un voyage… et depuis, je le fais régulièrement, car chaque expérience m’apporte énormément, j’apprends avant tout sur moi et j’en retire un certain épanouissement (on ne va pas se mentir: faire du bénévolat, c’est avant tout pour soi, et c’est très positif!).

J’apprends aussi beaucoup sur les relations humaines, et la culture du pays dans lequel je suis. Et tout ça, pour moi, c’est précieux: cela favorise le dialogue entre les cultures, entre les peuples. Découvrir une culture est ma motivation principale lorsque je voyage, c’est donc tout naturellement que le bénévolat s’inscrit désormais dans ma façon de voyager.


Dans quel cadre es tu parti en volontariat ? (Association, Wwoofing, HelpX, Workaway etc…) Où es tu parti et quel devait être ton rôle?

Alors, comme je le disais plus haut, je ne m’engage jamais pour une mission à l’avance, sauf si je connais déjà la structure, tout simplement car je souhaite participer à un projet local, initié et pensé par les locaux, à destination et au bénéfice des locaux.

Je suis donc bénévole uniquement dans des associations locales, la dernière mission en date a eu lieu dans deux associations en Inde du Sud. Enfin, ce n’était pas tout à fait la dernière mission en date, mais je suis un cas un peu à part, on va dire que je suis bénévole en permanence, car depuis plus de 2 ans maintenant, j’ai créé ma propre petite association pour accompagner les projets locaux que j’identifie sur la route, pour les emmener vers leur parfaite autonomie.

Depuis 1 an et demi j’accompagne également un projet au Cambodge, et je me suis rendue sur place en mars et en mai, pour un mois et demi. Dans les deux cas, entre l’Inde et le Cambodge, c’était toujours dans le cadre d’associations locales.

En Inde, j’étais professeur-animatrice de sessions d’arts graphiques et plastiques, et j’observais le fonctionnement administratif en parallèle.

Volontariat en Inde

Pour le projet que j’accompagne au Cambodge, je suis chef de projet et je recrute des bénévoles, m’occupe des financements, de la stratégie de développement, de la communication, etc. En bref, je mets au point un plan d’attaque pour qu’ils puissent voler de leurs propres ailes !

Et pour trouver une mission, quand je n’ai pas le bon contact sur place, ou fait la bonne rencontre, je fais généralement un petit tour sur travelwithamission.org (Une plateforme dont je vous ai déjà parlé sur le blog), mais les missions que j’ai trouvées jusqu’à présent sur ce site sont surtout des interventions de courte durée, des talks.



Comment s’est déroulée cette ou ces expériences si tu en as déjà eu plusieurs ? As tu pu nouer un bon contact avec les personnes qui t’entouraient? T’es tu senti utile? As tu eu des moments de doute?

On ne va pas se mentir, l’échange interculturel n’est pas simple, on n’arrive pas toujours à se comprendre. J’ai la chance d’être d’une nature patiente et diplomate, et j’ai appris à renforcer ces atouts avec le temps.

En tant que « bénévole exécutante », j’ai toujours eu un bon contact avec les personnes qui m’entouraient, que ce soit avec l’équipe dirigeante, l’équipe encadrante, ou mes élèves lorsque j’en avais.

Volontariat en Inde

Il suffit pour cela d’être à l’écoute, et de faire, dans la mesure du possible, preuve d’humilité. Lorsque je passe du côté « équipe encadrante » et que je dois manager les bénévoles, ce n’est pas toujours simple et j’ai eu davantage de problèmes de communication avec des bénévoles de mon pays venus aider dans un projet, qu’avec l’équipe locale du projet sur place.  

Je me suis rendue compte que c’est dur, aussi, d’être bénévole à l’étranger : certains ont de véritables chocs culturels et n’arrivent pas à s’adapter, d’autres ont la phobie des insectes et se retrouvent coincés la plupart du temps sous la moustiquaire, pour certains c’est un premier voyage seul à l’étranger et tout chez eux leur manque, pour d’autres c’est une grosse déception car ils s’attendaient soit à avoir de grosses responsabilités soit ne pas faire grand chose et avoir beaucoup de temps libre.

Pour moi, le maître mot est: communication, et prendre le temps de l’établir. Ne jamais baisser les bras. Je me suis sentie utile dans les différentes missions que j’ai accepté, mais parce que j’ai choisi de refuser celles où je n’avais pas les compétences requises.

Ce n’est pas un choix de facilité: je suis convaincue que je ferai pire que mieux en acceptant une mission pour laquelle je ne suis pas à la hauteur. Je refuse par exemple, catégoriquement, de donner des cours de langues: j’ai un bon niveau, oui, mais je ne suis pas professeur. Être professeur, c’est un métier.

Quant aux doutes… j’en ai tous les jours! Mais c’est ce qui me permet de m’améliorer.



Peux tu nous décrire une journée type de volontariat? Avais tu beaucoup de tâches?

Je vais décrire ma semaine type en tant que bénévole lors de ma dernière mission en Inde du Sud, à Pondichéry, dans deux structures. Mais pas que la mienne: je vais décrire aussi celle de mon compagnon, qui m’accompagne dans chacun de mes voyages et qui fait aussi du bénévolat!

Tous les deux, nous avons des compétences différentes: on reste donc dans notre champ d’action propre et dans ce que l’on sait faire de mieux.

Emmanuel:
En bon bilingue français-anglais (Emmanuel est franco-américain, le chanceux!), il a fait des sessions de conversation aux élèves des classes supérieures des deux établissements, ainsi qu’à une professeur de Om Shanti.

Il n’a pas réinventé la roue, ni repris les bases en donnant des cours théoriques. Il a juste essayé de les faire parler, parler et encore parler, pour faciliter leur expression, enrichir leur vocabulaire, corriger la prononciation ou la grammaire quand nécessaire, et surtout pour leur donner confiance en eux.

Quand c’était nécessaire, il n’a pas hésité à faire des jeux pour mobiliser leur attention et les motiver. Après 1 mois, il a pu noter des progrès, et surtout ceux de la professeur, qui continue aujourd’hui à prendre des cours de conversation en anglais: elle est lancée!

Volontariat en Inde

Son emploi du temps:
Sathyalayam School: du lundi au vendredi, de 13h30 à 15h30
Om Shanti: -Du lundi au vendredi, de 15h30 à 17h30 avec la professeur
-Les mardi et jeudi, de 17h30 à 19h30 avec les élèves des classes supérieures, ainsi que – le samedi matin de 9h à 11h.

En parallèle, comme Emmanuel est un grand amateur de photographie, il a organisé une séance de photo de classe à la Sathyalayam School.
Il a pris chaque classe en photo, puis les élèves et les professeurs individuellement, pour leur offrir un exemplaire imprimé de leur photo. C’était la fête lors de la distribution!

Stéphanie:
Grâce à mon parcours en arts plastiques en parallèle de mes études puis de ma vie professionnelle, et à mon expérience en expression artistique avec la petite enfance, j’ai donné des cours de dessin dans les classes de la Sathyalayam School, et ai aidé à réaliser les cartes de voeux pour les parrains d’Om Shanti.
Chaque cours était préparé et suivait une progression pour favoriser l’expression libre et l’échange interculturel.

Mon emploi du temps:
Sathyalayam School: du lundi au vendredi, de 13h30 à 15h30
Om Shanti: du lundi au vendredi, de 15h30 à 17h30, et les mardi et jeudi de 17h30 à 19h30, préparation de l’activité carte de voeux du samedi. Et oui, c’est du boulot tout ça!
Le samedi matin, de 9h à 11h: activité carte de voeux.

Volontariat en Inde

Peux tu nous raconter une ou deux anecdotes marquantes de ton expérience de volontariat?

On apprend beaucoup sur une culture grâce au dessin. Par exemple, le premier cours que je donne est toujours le même: je dessine ma maison au tableau, et demande aux élèves d’en faire de même.

Cela permet de briser la glace et de pointer les différences culturelles pour amorcer un échange, la confiance suit. Ils se sentent valorisés, car on leur demande de se raconter.
Au début, ils commencent par recopier ce que j’ai dessiné au tableau, et ne comprennent pas tout de suite que ce n’est pas ce qui m’intéresse, une fois qu’ils ont compris que c’est à eux de jouer, on ne les arrête plus!

En Inde, dans chaque maison dessinée, il y avait un ventilateur au plafond, et pour la plupart une télévision dans la pièce principale, comme une fenêtre sur le monde. Mis à part cela, pas grand chose… pour les plus aisés, une ou deux motos.

Leur rapport à la nature est important: à côté de chaque maison, il y avait des fleurs et des arbres fruitiers, quelques animaux. Tous ont dessiné leurs parents, frères et sœurs: ils sont fiers de leur famille! Plus tard, lorsque nous nous sommes baladés dans le village, nous sommes tombés sur des maisons faites de branchage, de bâches et de sacs plastiques: quelques élèves y étaient.

C’est là que j’ai pris conscience que leurs maisons n’étaient pas toute faites en dur, loin s’en faut, mais tous ont été fiers, par le biais du dessin, de m’offrir un petit bout de leur vie.

En Inde, toujours je faisais attention à ma tenue lorsque j’allais en classe: pantalon large jusqu’aux chevilles, t-shirt pour couvrir les épaules et pas de décolleté.

Malgré tout, je me suis faite reprendre par une jeune fille car un jour, j’avais mis un t-shirt qui découvrait ma peau 5cm en-dessous de mes clavicules: « il y a des garçons dans la salle, madame, ce n’est pas bien! ».

A partir de ce moment, rouge de honte, je n’ai plus quitté mon écharpe pour réparer mon offense. On a des idées préconçues sur les règles de bienséance lorsqu’on l’on va dans un pays qui n’est pas le sien, et même si on pense faire attention, on n’a pas toujours l’attitude juste… ce n’est qu’au contact des personnes qu’on peut s’adapter. Le voyage force l’humilité!

Volontariat en Inde

Quel(s) conseil(s) pourrais tu donner à ceux qui n’ont pas encore osés franchir le pas?

Le bénévolat à l’étranger est une expérience formidable à vivre, à condition que l’on se soit bien renseigné sur la structure et le pays où l’on souhaite s’engager. Il faut se poser les bonnes questions, sur soi avant tout, pour se sentir utile, et être véritablement utile.

Les questions que je me pose toujours:

« Qu’est-ce que j’attends de mon expérience? »
« Que suis-je prêt(e) à donner? Pourquoi? Comment? Et à qui? »
« Quelles sont mes valeurs? »
« Que suis-je prêt(e) à accepter? »
« Quelles sont mes compétences? »
« Suis-je la bonne personne pour ce poste? »

Une fois qu’on a les idées plus claires, toutes les conditions seront réunies pour vivre une expérience formidable et en ressortir grandi! Avec cette envie, toujours plus présente, d’apprendre et de partager.

Attention également à éviter les structures qui font du volontariat/bénévolat un business, et qui exploitent tant les bénévoles de bonne volonté que les populations locales, victimes des dérives du volontourisme.

Le volontourisme est un mot à la mode, et le mot « volontariat » en pâtit: c’est bien  pour cela que tout au long de mes réponses, j’ai uniquement parlé de bénévolat, pour bien faire la distinction et éviter tout amalgamme. On peut s’engager et s’investir à l’étranger et en voyage sans faire de dégâts!


As tu un blog où on peut suivre tes aventures? 

Oui ! Et je le partage avec grand plaisir : Blog Backpacks and Bridges

Et je me permets de partager également le blog de mon asso: Association Aroonii

Merci beaucoup pour toutes ces questions!

 

Merci à Stéphanie d’avoir témoignée de son expérience. Pour tous ceux qui désirent partir en volontariat, n’oubliez pas qu’une assurance spéciale volontariat existe et vous permet de voyager en même temps.

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hanae Malovic

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